#sauvonslemessager c’est le hashtag que j’ai proposé sur twitter pour appeler tous les lecteurs du premier quotidien indépendant Cameroun à venir à son secours. C’est en passant un coup de fil personnel à un membre de la rédaction du Messager dans la soirée du mercredi 2 décembre dernier que j’ai appris le débrayage d’une grande majorité des journalistes de sa rédaction centrale pour le lendemain. Ces derniers réclament 7 mois d’arriérés de salaires. Dès le lendemain je m’interrogeais sur Twitter à la suite de l’editorial de Pius Njawé.
Et puis je me suis dit ça fait trente (30) ans que l’on parle de la disparition du Messager mais il est toujours là. J’ai découvert la politique à travers Le Messager, Le Combattant et autres. Je me rappelle de Nyemb Popoli célèbre illustrateur des années de braise prenant son tourne dos avec les élèves du Collège Libermann “chez Paulo” pas très loin de l’ancien siège du Messager à Douala, je me rappelle le plaisir qui était le mien de lire à la récréation le dernier numéro de ce journal dit de l’opposition. Je me rappelle de Puis, le prisonnier, je me rappelle la couverture exceptionnelle des obsèques de feu Mgr Ndogmo, je me rappelle des éditoriaux incendiaires contre le pouvoir en place. Je me rappelle et je me dis non pas Le Messager…
Comment cela est-il arrivé ?
Pius accuse Internet qui a récupéré les recettes publicitaires. Cher Pius permettez-moi d’en douter. Francois Soudan, le Mr Cameroun de Jeune Afrique qui a longtemps croisé la plume avec Pius, renchérit en évoquant « le self-made man peu doué pour « faire du fric ». Soit, mais nous informe que le « coup de grâce, c’est un gros opérateur de téléphonie mobile qui le lui a donné, en retirant la quasi-totalité de son budget publicitaire pour solde de tout compte d’un article jugé irrévérencieux. » En gros Le Messager paye pour avoir fait son travail… aie aie mais aussi pour avoir raté le coche Internet, Mobile, Desktop application etc, bref le tournant technologique. Le Messager a certes formé de brillants journalistes mais il a oublié de monter une chaine de production à lui, un centre de RD pour observer les évolutions du métier et de la profession, cher Pius et pourtant vous étiez aux premières loges…
Alors que faire ?
J’ai d’abord pensé à lancer un site où tous les amoureux de la liberté de la presse pourraient venir faire un don pour aider Le Messager, mais finalement apres discussion avec @yn3 je me suis aperçu que ce n’était pas une bonne idée, ça suffit comme ça avec les dons, aides et autres ONG. Alors j’ai pensé à une ouverture du capital aux lecteurs que nous sommes et @yn3 le CEO de Kerawa en parlait déjà sur le site du Messager, je reprends ici ces propos
Eh bien, que Le Messager crée une société par actions, et vende ces actions. Les inconnus de la diaspora sont prêts à mettre de l’argent dans Le Messager, sous forme d’investissements (pas de don, on n’a plus besoin de don en Afrique).
Un avocat peut conseiller Le Messager sur comment procéder à l’émission d’actions ne donnant pas forcément le droit de vote, ou comment limiter la participation d’actionnaires pour que le fondateur ne perde pas le contrôle sur sa société.
Si Le Messager demandait 50$ ou 50€, beaucoup de camerounais accepteraient, par contre, demanderaient en contrepartie d’être tenus au courant de la gestion du journal. Bref, un peu comme à la Bourse.
Donc, les moyens du financement existent, il ne reste qu’à emprunter le chemin.
Cher Pius si vous me lisez, nous sommes nombreux à vouloir permettre au Messager de continuer à paraitre avec nos petits moyens. Si vous décidez d’ouvrir le capital sans droit de vote mais avec un conseil d’éthique ou consultatif des lecteurs nous ferons avancer le débat démocratique et citoyen ensemble au Cameroun et en Afrique en général.
Si vous voulez participer à #sauvonslemessager faites passez le mot parlez en partout sur le Web pour que nous soyons plus nombreux encore. Longue Vie au Messager.
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En fait, la structure même des recettes de la presse camerounaise est en cause, hélas.
Le Messager n’est que l’arbre qui cache la forêt.
La quasi-totalité de la presse écrite vit de la publicité. La quasi-totalité de la publicité repose sur quelques entreprises (les 2 opérateurs de téléphonie, les brasseurs, et l’agro-alimentaire). Les transports, l’immobilier, les loisirs, le textile, etc.. consomment finalement peu de pub.
Donc, tout article “irrévérencieux” sur ces entreprises est immédiatement sanctionné financièrement. Vous souvenez-vous d’un article irrévérencieux sur les brasseries ou sur Orange Cameroun dans le Jour par exemple, ou un article irrévérencieux sur le PMUC dans Mutations?
Cela est impossible, et la presse camerounaise n’est pas indépendante. On voit comment est sanctionné toute vélléïté d’indépendance: la sanction est la mise à mort immédiate, tel un taureau par le matador.
Quant à la révolution Internet, j’y crois pas du tout. Ce n’est pas Internet qui a tué la presse selon moi, mais la radio et la TV, qui avec plus d’interactivité (je pense), séduit plus les populations qu’on a longtemps privé de paroles.
Quand il faut prendre son mobile, et appeler 10mins à la radio ou à la TV et payer 600 CFA ou 700CFA, certains le font, d’ailleurs, les contributions pullulent. Mais, quand il faut acheter un journal à 300CFA, il n’y a plus personne.
Le taux de pénétration d’Internet et le taux d’équipement des ménages ne justifient pas la phagocytose de la presse.
La presse camerounaise doit repenser son modèle et son positionnement dans la société.
Mais, je suis d’accord qu’il faut absolument sauver Le Messager. ça serait vraiment dramatique et tragique que s’éteigne le plus vieux journal privé du Cameroun encore en vie. 30 ans quand même, ça ne peut pas s’effacer comme ça.