La semaine de Nadine Kouamouo

Merci très cher de me faire l’honneur de participer à cette rubrique que je trouve sympa. C’est vrai que je suis souvent très bavarde lorsqu’on m’en donne l’opportunité, mais j’avoue que de recevoir l’invitation d’Etum à sa rubrique m’a un peu « scotchée ». Je dois donc parler de femmes et blogs, de publicité en Afrique de beauté africaine, etc.

Femmes et blogs : des questions m’ont été posées ces derniers temps alliant ces deux mots et ajoutant le mot « Afrique ». Les questions ressemblaient à celle-ci : « pourquoi on ne trouve pas beaucoup de femmes auteures de blogs en Afrique ? » ou encore celle-ci : « pourquoi la blogosphère africaine n’est pas « fournie » en femmes ? » Pour faire simple donc je vais répondre à la question… Personnellement je ne suis pas pour des discours purement féministes du genre « oyéé les femmes !!!, pouvoir aux femmes !!! », j’essaie d’avoir une vision du monde tout à fait neutre, je répondrai donc à cette question en disant que les femmes souffrent à mon avis d’un super préjugé toujours plus renforcé par les hommes. Selon certaines d’entre elles, le net (point de vue technique) et tout ce qui est langage html et autre est trop complexe et difficile à cerner. A partir du moment où il faut manipuler les éléments sonores, les images, être trop concentré ou très assidu ça devient un peu « obscur » pour les femmes. Isabelle Juppé dans son ouvrage La femme numérique, le souligne si bien lorsqu’elle fait remarquer que le jargon numérique et très technologique (post, podcast, hub, etc…) n’aide pas non plus ces dernières à vouloir comprendre et aller plus loin.

Les femmes d’Afrique ne « bloguent » pas beaucoup, elles n’ont pas le temps de réfléchir des minutes et des heures entières devant leurs ordinateurs portables ou leur netbook (nouvelle tendance) alors qu’elles peuvent regarder les photos de leurs copines sur Facebook. Alors qu’elles peuvent, juste par deux phrases dire à leur mari en déplacement qu’elles se reconnectent pour chatter dans une heure… après avoir mis le petit dernier au lit. Les femmes d’Afrique ne peuvent pas mettre des heures à chercher le meilleur importateur de podcasts alors qu’elles peuvent envoyer le lien flickr de leurs photos à leurs petits amis (probables futurs époux) de l’étranger. Bref leur temps est précieux…Et je crois que ça changera bientôt : pas que leur temps deviendra moins précieux, mais qu’elles sauront se décomplexer et hiérarchiser leurs vrais besoins. Nous y travaillons !

Publicité en Afrique : Ce serait prétentieux de croire que je peux parler de la publicité en Afrique…Comme mon blog le dit, j’observe et je parle de la publicité à Abidjan et en Côte d’Ivoire. Il est vrai qu’il m’est arrivé de jeter des coups d’œil hors de « chez moi », mais cela ne peut pas en faire un vrai sujet de thèse,…m’enfin.

Ce sera encore le lieu de faire un coup de gueule : on ne nous enseigne pas la publicité dans les grandes écoles en Afrique pour bosser dans le contexte africain. On prend des cours de pub pour bosser dans des boîtes avec de gros budgets de com, des boîtes dans lesquelles il faut faire de la com’ pour justifier le budget qui lui est alloué et pas toujours pour avoir des résultats tangibles dans le comportement des consommateurs. A mon avis cet aspect est l’une des racines des mots et des maux que nous n’aimons pas souvent dans l’utilisation de la pub en Afrique.

Que dire après ça ? A Abidjan, ce n’est plus pertinent d’utiliser l’affichage pour faire connaître un produit, les rues sont saturées de panneaux, les radios et les journaux le deviennent de plus en plus et cela produit un effet de rejet chez les consommateurs.

On gagnerait à être plus pertinent, moins présent, plus concis dans les messages publicitaires et à apporter de vraies solutions aux consommateurs. Bref, la pub gagnerait à devenir plus pragmatique et plus orientée « clientèle ».

Beauté féminine : Etum toi-même tu peux écrire un livre sur ce sujet ou bien ? ;)

On dit souvent que « la beauté est relative » mais en Afrique et ailleurs la tendance est plutôt à « la beauté est claire » ou bien « la beauté est blanche ». On peut le dire, il n’y a qu’à voir le nombre de pubs et de produits destinés à favoriser l’éclaircissement du teint et la « lisseur » des cheveux, dans les rues et sur les marchés, pour comprendre que le temps des femmes bien noires aux formes généreuses est entrain d’être rejeté. Mais par qui en réalité ? Par les hommes qui pousseraient les femmes à utiliser ces produits ? Ou par les femmes elles mêmes ?

A ce propos sur mon blog j’avais beaucoup apprécié le commentaire d’un ami sur mon post « Is black awful ?». Il disait : « Le problème épineux, c’est effectivement quand s’éclaircir la peau recouvre aussi une espèce de volonté de devenir "toubabou" (à mon avis une toute petite minorité) …. car au delà des problèmes de santé physique, c’est la santé mentale qu’il faut questionner ».

Assumer son teint, sa couleur et son physique, pour moi, c’est aussi craindre et respecter son Créateur.

Dieu…est ma vie. C’est par Lui que je suis ce que je suis et que j’ai tout ce qui est à moi. « All because of Him… » est l’une de mes phrases favoris. C’est Lui que j’invoque dès le matin et le soir au coucher, c’est dans sa présence que je trouve la force d’avancer et c’est dans sa parole que je trouve l’authentique inspiration et la vraie liberté de l’âme. La relation quotidienne et permanente avec mon Dieu me donne une vraie paix intérieure inexplicable pour l’entendement humain. C’est comme ça et je suis bien là…

Parler de beauté me rappelle la semaine extraordinaire que je viens de passer à Dakar, où j’ai rencontré des femmes noires, vraiment noires et très belles. J’étais à la villa Krystal le dernier soir. J’y ai fait la connaissance d’une jeune chanteuse à la voix fabuleuse au teint foncé, très foncé, à la beauté particulière et au talent prometteur. Mais à Dakar, je n’y étais pas que pour du « fun » j’étais logée à l’hôtel Méridien Président où se tenait le Forum Acacia pour la recherche et l’apprentissage. Un forum où j’étais invitée comme « rapporteuse » (journaliste) avec une équipe de journalistes venus de plusieurs pays d’Afrique. C’était l’occasion exceptionnelle d’apprendre à faire du livebloging et de travailler avec des Sud-Africains qui, en venant à Dakar effectuaient leur premier voyage en « Afrique » ;)

Les Sud-Africains, j’ai eu l’occasion de les côtoyer dans leur « diversité » il y a quelques semaines lors de la conférence annuelle de Highway Africa. Tu veux que je le redise Etum ? Ok ! J’y ai reçu un prix qui m’a vraiment réchauffé le cœur et… (un peu) les poches lol ! J’ai été « renversée » par le charme débordant de Jo’burg, renversée de savoir que nous en « Afrique » nous avons encore du chemin, mais plus que jamais boostée dans ma soif de perfectionnement de nos capacités, dans mon désir d’être plus sharp dans mes compétences et de faire plus pour mon Afrique là où je me trouve…et je sais que les obstacles ne manqueront pas sur notre chemin. C’est pourquoi je nous encourage tous et je te dis bon vent à toi, l’ami Joël.

Le blog de Nadine

Popularity: 37% [?]

8 Responses to La semaine de Nadine Kouamouo

  1. philcoub says:

    Cet article est vivant! Il témoigne de tout l’enthousiasme que tu sembles mettre dans tes activités. Bon courage.
    Je ne connaissais pas ce blog (celui de Nadine), mais je viens de le bookmarker à l’instant.

  2. LPN says:

    Bravo Nadine, pour avoir subi l’épreuve de la semaine d’Etum, je sais qu’il ne pose jamais innocemment ses questions… et perso, je trouve que tu t’en sors parfaitement.
    Pour revenir à ce que tu dis par rapport aux femmes et les blogs. Je ne partage pas ton analyse de la situation, et je m’en explique.
    Depuis que je suis gamin, il est de notoriété publique que les femmes aiment écrire, le nombre de journaux intimes (les ancêtres des blogs) qu’écrivaient les filles de ma classe, quand j’étais petit, peut en témoigner. A mon avis la non présence ou plutôt la sous représentation des femmes dans les blogs africains n’est pas du à la difficulté technique mais plutôt aux possibilités plus importantes offertes par d’autres formes de communication sur le net que sont les réseaux sociaux tel que facebook, hi5 et autres MSN.
    Ce qui manque c’est une formule de communication plus adaptée aux femmes africaines, à leurs attentes et à leurs besoins pour les amener à partager leur expérience et leur sentiments sur un blog. Justifier leur sous représentation par une barrière technologique me semble ne pas leur rendre hommage. Car, que je sache, cette barrière existe aussi pour les hommes, les enfants, les vieux… bref pour toutes les couches de la société au bled.

  3. Nad says:

    Merci @philcoub et
    à toi LPN, merci pour cette ouverture sur les raisons de la sous représentation des femmes africaines dans le blogging…Comme tu l’as dit, nous allons travailler à leur apporter une configuration, un espace et un mode de communication qui leur ressemble.

  4. ernesto says:

    Bel article. La sous representation des femmes dans le cercle des blogueurs n’est pas spécifique à l’Afrique, en Europe et aux Etats Unis aussi c’est pareil. Les hommes bloguent plus que les femmes. Je crois plutôt que le blogging devrait être promu dans les écoles en Afrique pour booster l’utilisation du web par les Africains parce qu’il y’a trés peu de contenus publiés sur le continent.Et la jeune génération doit s’approprier cet outil pour changer la donne.

  5. Etum says:

    @ernesto,
    les éleves bloggeurs? lol

  6. TAMBA says:

    Je crois qu’il faut commencer par ce demander quel intérêt les gens en général et les filles en particulier ont à blogguer.
    LPN, les cahiers des filles dont tu parles, va voir si cela existe encore. Je n’en vois plus, je n’en n’entend plus parler. On échange par sms, même sur Hi5, Msn et les autres. C’est la suprématie de la téléphonie mobile qui l’emporte.

    P.S. pour la beauté des Sénégalaises, je confirme ;-)

  7. Pingback: Je blogue donc je suis | Le petit nègre

  8. Eddy says:

    Certes, Internet représente un moyen de communication, où on peut échanger, confronter ses propres idées avec celles des autres, par le biais de blogs notamment.
    Mais je ne pense pas que ce soit une nécessité absolue de blogguer à tout va. Ce n’est pas primordial que tous les africains se mettent à blogguer, ou à twitter, ou aux réseaux sociaux. Ca c’est à la limite accessoire.
    Le plus important à mon sens c’est que l’africain, jeune ou moins jeune, sache utiliser l’outil internet pour ce qu’il représente: une mine d’informations.
    J’ai appris tellement de choses, lu tellement de documents, vus tellement de documentaires sur l’Afrique et son histoire, pour ne citer que cet exemple là. S’il fallait chiffrer tout ce que cela m’aurait coûté en achats de bouquins ou de DVD, c’est que mes arrières-petit-enfants en seraient encore à payer cette dette.
    Mais attention, avec Internet la calomnie, la manipulation et les mensonges sont aussi plus faciles. Donc toujours recouper ce qu’on lit par d’autres sources. Toujours rechercher les sources.