Elle est espagnole vit à San Francisco, parcourt l’Afrique et est co-fondatrice de Maneno. Elia Varela Serra est notre invitée cette semaine
Les langues africaines sur le web
En Afrique Subsaharienne il y a plus de 2.000 langues, mais malheureusement la plupart n’ont presque pas de présence sur internet. Les experts disent que la globalisation d’internet et les réseaux sociaux favorisent la participation citoyenne et renforcent la société civile, qui est essentielle pour une démocratie en bonne santé. Mais c’est clair qu’il y a une fracture numérique qui, avec la domination de langues comme l’anglais sur le web, devient de plus en plus profonde. C’est pour cela qu’il faut plus de diversité linguistique pour au moins combler la fracture linguistique sur internet. Les nouveaux médias citoyens donnent des outils pour favoriser la participation, mais il y a un danger d’isolement linguistique.
À cause de leur petite présence sur internet, les langues africaines n’ont presque pas de dictionnaires en ligne, des logiciels ou des claviers qui supportent tout le jeu de caractères de beaucoup de langues, etc. Ou c’est peut-être à cause de ces manques que leur présence est si infime… Heureusement il y a des projets comme Kasahorow ou Kamusi qui ont quelques outils comme des claviers ou dictionnaires pour faciliter l’utilisation des langues africaines sur le web.
Mais il y a encore un long chemin à parcourir, puisqu’en plus des défis techniques souvent il y a aussi un complexe d’infériorité par rapport à l’anglais ou le français de la part des usagers et développeurs africains.
Maneno
Maneno est un mot en swahili qui veut dire ‘mots’, et c’est aussi le nom d’une nouvelle plateforme de blogs africains née il y a presqu’un an. Le projet est né avec la volonté d’être utile pour les blogueurs en Afrique avec des connections internet à faible bande passante. Et aussi qui avait la volonté d’être vraiment multilingue, c’est à dire disponible en un maximum de langues africaines et avec une facilité pour traduire chaque billet. On n’a pas trouvé d’autres plateformes avec ces caractéristiques. L’objectif de Maneno est simple: faciliter la participation citoyenne sur le web de blogueurs de toute origine.
Pour l’instant on est 4 personnes dans l’équipe de Maneno, une kényane, un sud-africain, un américain et moi-même espagnole. Mais on va bientôt annoncer de nouveaux membres puisque depuis la création du projet on a voulu avoir une majorité africaine. Et nous espérons donc avoir bientôt plus d’africains francophones dans l’équipe!
Barcamp Africa
Un barcamp est un format de conférence ouverte et spontanée où tous les participants sont des égaux, et qui typiquement parle de choses qui ont à voir avec internet ou la technologie. Le premier barcamp a eu lieu en 2005 dans la Silicon Valley et le modèle c’est rapidement répandu un peu partout dans le monde, y compris l’Afrique en 2008. En octobre 2008 un barcamp a été organisé dans la Silicon Valley, chez Google, pour parler de développement technologique en Afrique, puisqu’il y a beaucoup d’intérêt pour l’innovation en Afrique de la part des États Unis en général et de la Silicon Valley en particulier. Au vu du succès, un site barcampafrica.com a été crée pour servir comme point de rencontre et d’échanges d’idées pour les organisateurs de barcamp partout en Afrique. Depuis quelques mois le site est hébergé sur Maneno et nous en sommes très fiers.
Make Faire Africa
Maker Faire est une foire crée par Make Magazine pour célébrer les métiers artisanaux, le bricolage et les projets scientifiques et d’ingénierie. Le premier a eu lieu en 2006 dans la Silicon Valley (encore!), et tout de suite il y en a eu d’autres dans tous les États Unis. Puisqu’en Afrique il ya beaucoup d’ingéniosité et de créateurs artisanaux, il paraissait logique d’organiser une foire Maker Faire aussi en Afrique. Grâce à l’initiative de gens comme Emeka Okafor (qui travaille pour les archi-populaires conférences TED et blogue sur Timbuktu Chronicles, Nii Simmonds qui blogue sur Nubian Cheetah et Erik Hersman qui blogue sur White African, la première Maker Faire Africa a eu lieu à Accra, Ghana le weekend dernier (du 14 au 16 août) avec un grand succès.
Maneno y a été présent et on a même compilé des liens de plusieurs sources qui ont couvert l’événement sur une page spéciale (malheureusement tous en anglais!).
Développement de l’Afrique
À mon avis, le développement de l’Afrique dépend uniquement des africains. Il y assez de talent, bonnes idées, initiative, etc. en Afrique pour ne pas avoir à dépendre de l’aide étrangère comme jusqu’à maintenant. Il y a des ONG qui font du bon travail, mais l’économiste zambienne Dambisa Moyo a raison quand elle dit que ce dont l’Afrique a besoin c’est le business, des investissements, au lieu de la charité et le paternalisme puisque c’est un modèle qui favorise la dépendance et la corruption et non le développement.
San Francisco
Au cœur de la Silicon Valley, c’est une ville très belle entourée par l’océan et avec beaucoup d’artistes et de passionnés d’internet. Presque tous les jours il y a des événements Tech ou des rencontres intéressantes avec des entrepreneurs web. Mais trop souvent j’ai l’impression que le Silicon Valley ignore ce qui se passe dans le reste du monde et souffre un peu de nombrilisme (à niveau linguistiques, par exemple). Donc il faut les faire descendre de temps en temps de leur petit nuage.
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Citation: puisqu’en plus des défis techniques souvent il y a aussi un complexe d’infériorité par rapport à l’anglais ou le français de la part des usagers et développeurs africains. (fin de citation)
There you go..
Ce que j’ai constaté à mon petit niveau, les africains en general ne peuvent pas s’imaginer qu’une langue africaine joue le rôle d’une langue coloniale comme le francais, l’espagnol ou l’anglais.
Oui, je crois qu’on peut effectivement parler de “complexe d’infériorité”.
Citation: mais l’économiste zambienne Dambisa Moyo a raison quand elle dit que ce dont l’Afrique a besoin c’est le business, des investissements, au lieu de la charité et le paternalisme puisque c’est un modèle qui favorise la dépendance et la corruption et non le développement. (fin de citation)
Tu m’étonnes !!
Et j’ai bien envie de leur botter le derrière, aux Bono & Co, parce que si ca ne dépendait que d’eux, on resterait dans ce cycle diabolique de la dette 1000 ans encore.
Belle initiative que ce projet Maneno et les autres aussi comme Africa Start-Up Challenge.
@Eddy sur les langues : tant qu’il n’y aura pas d’unité politique sur le continent, inutile de songer à une langue prépondérante (même en tant que seconde langue!). Pourtant le swahili serait bien placé. C’est la triste réalité.
@philcoub,
Je pense plutot que c’est la langue qui entraine l’unité politique. c’est parce que nous n’avons pas la meme langue que nous avons du mal à nous unir politiquement
Etum, merci enocore de m’avoir invitée sur ton superbe blog!
Je trouve très intéressante ta thèse que la langue entraîne l’unité politique. Tu crois donc qu’il n’y a pas de place pour les langues locales, plus petites? Ou plutôt qu’il faut plus d’interaction, communication entre les differentes langues?
@Etum : c’est vrai qu’une intégration politique se ferait naturellement avec l’unité linguistique, ce serait même l’idéal! Mais la réalité historique a toujours montré que c’est l’inverse qui se produit. 3 exemples :
- l’empire romain : unité politique qui imposa la langue pendant plusieurs siècles tant que cette unité dura.
- la colonisation en Afrique : conquête, puis transmission des langues coloniales.
- Etats-Unis : les communautés anglo-irlandaise, néerlandaises, allemandes et autres ont adopté l’anglais sous l’impulsion d’un destin national commun.
Les dirigeants africains doivent avoir la clairvoyance d’imposer dans un premier temps une des langues africaines comme seconde langue obligatoire durant les études. Par la suite, des productions artistiques et littéraires l’enrichiront des 4 coins du continents. On garderait les langues coloniales un petite 50aine d’années avent de les reléguer en 2ème position.
@Elia :de toutes façons l’être humain a la faculté d’être multilingue, donc il faudra encourager l’utilisation de toutes les langues locales. Ainsi chaque Africain parlerait au moins trois langues : sa langue maternelle, la langue africaine universelle choisie, plus l’anglais, le français ou l’espagnol.
C’est un vieux débat que celui-ci, mais on n’a jamais su faire l’unité linguistique avant l’unité politique.
@philcoub,
L’unité politique? on peut toujours attendre….
@Elia
interaction et communication en effet
@philcoub,
Citation: Etats-Unis : les communautés anglo-irlandaise, néerlandaises, allemandes et autres ont adopté l’anglais sous l’impulsion d’un destin national commun. (fin de citation)
La question en fait qui se pose à nous: souhaitons-nous (nous = populations africaines) un destin commun? Si la réponse est oui, si l’objectif est de bâtir une nation commune, alors nous y parviendrons plus vite en nous choisissant une langue commune.
Pour ma part, la réponse à cette question est: OUI à un destin commun. C’est l’unique constellation dans laquelle nous avons les meilleures chances de réussite.
Citation: Les dirigeants africains doivent avoir la clairvoyance d’imposer dans un premier temps une des langues africaines comme seconde langue obligatoire durant les études. (fin de citation)
Attends frangin, ou on fait, ou on fait. Si c’est pour faire à moitié mieux on laisse.
Si la décision de se doter d’une langue africaine commune est admise et adoptée, et bien c’est elle qui s’impose dans la vie de tous les jours. Oui cela se ferait progressivement, j’en suis conscient, mais n’empêche. Et on scolarise les enfants directement dans cette langue, sans les faire passer encore par le détour de la langue coloniale.
Citation: On garderait les langues coloniales un petite 50aine d’années avent de les reléguer en 2ème position. (fin de citation)
Ah non, non, on s’en débarrasse tout de suite. Celui qui veut les apprendre, il le fait à titre personnel, un peu comme un japonais apprendrait le russe, l’allemand ou l’anglais, c’est tout. On n’a pas à les garder, ca nous rapellerait trop de mauvais souvenirs..
Mais si tu fais allusion au temps de transition, qu’il faudrait pour que la langue africaine que nous aurions choisie s’établisse effectivement, alors je pense que 50 ans c’est trop. En 20 ans maxi le pli a pris.
Regarde par exemple au Togo ou Cameroun, il a fallu combien de temps pour que la langue allemande s’efface pour laisser la place au francais ou à l’anglais? Pas 50 ans en tout cas.
@Eddy : on est d’accord sur l’essentiel, juste une question de timing
!
@philcoub,
tant mieux, tant mieux
Il ne nous reste plus qu’à attendre patiemment le lancement de la campagne du referendum
@philcoub Je ne sais pas si je suis d’acord avec ton idée de garder les langues coloniales “un petite 50aine d’années avent de les reléguer en 2ème position”, mais tu as tout a fait raison quand tu dis:
“Les dirigeants africains doivent avoir la clairvoyance d’imposer dans un premier temps une des langues africaines comme seconde langue obligatoire durant les études. Par la suite, des productions artistiques et littéraires l’enrichiront des 4 coins du continents”.
Et ça me rappelle le débat qu’a ouvert Oumar sur son blog Konngol Afirik à propos de l’éducation linguistique au Sénegal. Je vous recommande de le lire.
La langue est un moyen de communication mais en même temps c’est la clé pour la culture ! Imposer une langue – bien égal s’il s’agit d’une langue coloniale ou une autre – a toujours un effet sur l’identité. Les Africains ne se rendent pas compte que leur multilinguisme est un grand atout. Regardez les Francais, combien ils sont handicapés en ne parlant que le francais ! En plus, ils ont radié toutes leurs langues locales avec un effet néfaste sur la culture et l’identité. Les Africains, par contre, ont ce grand avantage du multilinguisme. En plus, si tu parles une langue étrangère en plus de ta langue maternelle tu auras moins de problèmes d’apprendre d’autres langues !
Dans ce sens, en Afrique, ca serais assez facile d’utiliser l’anglais comme langue de communication internationale et véhicule de communication et d’établir une (ou plusieures) langues locales. Selon les régions.
En tout cas, il me semble extrèmement important d’établir les langues locales dans l’enseignement scolaire. Les effacer en faveur d’une seule langue commune serait contreproductif. C’est une question d’identité importante. Parce que, comme je disais, la langue est la clé pour la culture.
Mais ca n’empeche personne d’apprendre le swahili par exemple !
La lionne
@philcoub,
Tu m’en vois heureux
Il ne nous reste plus donc qu’à attendre impatiemment le prochain referendum, qu’il, je l’espère, ne manquera pas d’y avoir sur l’institution d’une langue africaine
@la lionne,
il ne s’agit pas “d’imposer” une langue, mais de s’en “choisir” une, comme langue de travail et de communication.
Personne n’interdit à personne de continuer de parler, qui son zoulou, qui son lingala, qui son duala, qui son pulaar, qui son wolof, etc…
@Elia : pourquoi une 50aine d’années ? Parce qu’il faut un certain nombre de pré-requis :
- passer une génération afin que ceux ayant été formés sur l’ancien système puissent s’intégrer. Mais cette harmonisation peut être faite en moins de 20 ans je le concède.
- traduire tous les concepts et toute la base de connaissance du monde occidental en swahili par exemple. Mine de rien ça prend du temps : rien que tous les concepts des maths, de la médecine, de l’économie, du droit et des sciences sociales demandent un travail fou!
- avoir un socle littéraire et artistique, et réaliser toutes les traductions des oeuvres classiques d’Afrique en la langue concernée.
- Laisser passer une génération pour avoir des enseignants maîtrisant parfaitement la langue pour la transmettre fidèlement aux plus jeunes. Sérieusement, combien d’entre nous ont une maîtrise parfaite de leur langue maternelle au point d’être en mesure de l’enseigner dès aujourd’hui?
- Rédiger manuels, dictionnaires et ouvrages linguistiques de recherche dans la langue choisie.
- Il ne faut surtout pas se renfermer sur soi : il faut que tous ces concepts puissent avoir leur équivalent et être utilisables dans le reste du monde. Il faudra donc travailler avec les autres et harmoniser.
Donc en commençant aujourd’hui, il faudrait au minimum 40 ans pour avoir une génération parfaitement formée et capable d’utiliser et d’expliciter tous les éléments du monde moderne dans le contexte de cette langue.
Pour les langues coloniales, au moins l’anglais sera toujours indispensable au moins en ce qui concerne le domaine scientifique.
@philcoub,
finalement c’est toi qui a raison. 50 ans c’est bien plus réaliste.
Juste pour partager un bel article sur la zambienne Moyo et son livre dans lequel elle exprime sa vision de l’aide à l’Afrique:
http://www.rue89.com/2009/08/23/aide-a-lafrique-moins-de-bono-plus-de-moyo
Comme beaucoup de commentateurs, je pense qu’elle se trompe, du moins elle biaise son analyse. Je vous suggère de lire Weatherboy (19H16 | 23/08/2009) et Laurent-Weppe (22H33 | 23/08/2009).
C’est sur que le paternalisme ne doit pas avoir droiit de cité, mais faut pas rever l’Afrique ne s’en sortira pas toute seule, surtout pas sans une “vraie” aide.
Sinon pour les langues africaines, humm je vois qu’il y en a qui ont de l’énergie à revendre. Pourquoi ne pas mieux la canaliser, la discipliner un peu? Enfin…
@Kans,
Ce Weather (19H16 | 23/08/2009) commence son speech par une argumentation bancale: les ONG se financent par quoi? Si ne c’est par l’aide, qu’elle soit gouvernementale ou privée?
Mais sinon, dans le fonds, je ne comprends pas bien quel est son problème, à ce cher Weather. Il s’en prend à la dette (fonds vautour, etc) exactement comme Dambisa. Alors je ne sais pas trop de quoi il se plaint.
Je receptionne “Dead aid”, le livre de Dambisa Moyo demain. Donc d’ici la fin de la semaine, je pourrais argumenter sur les alternatives de Dambisa Moyo à l’aide.
Mais d’ores et déjà, je suis d’accord avec son constat: il faut stopper l’aide à l’Afrique!
1- Elle ne sert qu’à entretenir l’oligarchie locale, c’est tout.
2- De plus elle développe en nous une mentalité d’assistés, qui dépendent de “bailleurs de fonds” pour mener à bien leurs projets, et même tous leurs projets (cf. http://edouardtamba.com/2009/08/les-bonnes-intentions-de-lafrique-centrale-en-tic/).
3- et, last but not least, les “aideurs” utilisent cette aide comme instrument pour imposer leur volonté. Il n’y a qu’à voir comment le FMI et la Banque Mondiale se sont servis des plans d’ajustement structurels pour nous faire avaler des pilules qui ne seraient passsées dans aucun pays “dit” démocratique.
@Kans
Ah oui au fait, si, si, si! On peut se développer sans l’aide. Parce que par chance, nous disposons de ressources, aussi bien humaines que matérielles, et ces resources peuvent nous permettre d’acquerir le know-how et/ou bâtir les infrastructures dont nous avons besoin, sans avoir besoin de tendre la main pour quémander une quelconque aide. Et ca n’a rien à voir avec du rêve.
@Eddy,
Je suis entrain de lire le livre de Dambissa, elle pose le bon constat mais selon moi apporte des mauvaises solutions. Attention je n’ai pas encore fini le livre mais c’est l’impression que j’ai pour le moment. Je m’explique:
Sur le constat elle a raison en partie, l’aide actuelle n’est pas efficace car elle crée des dépendances nuisibles à tout avancement de nos pays. Mais il y’a l’aide qui concerne les domaines de la santé ou de l’education qui es necessaire. Je ne m’attarderais pas ici en commentaires car je prépare un post sur le sujet. Eddy je me permets quand meme une petit mot sur les alternatives avant mon post quand elle dit la chine est notre ami je dis niet pas du tout. Quand elle nous demande lever des fonds sur le marché je dis niet car nous n’avons aucune influence sur ce marché. Prenons l’exemple de la cirse actuelle nous n’avons rien faits mais subissons les conséquences. Bref il y’a pas mal de choses à redire sur ces alternatives. Post à suivre
@Etum
Modère d’abord le comm’ d’Eddy de 15h25. Dans celui de 15h28 il commence en me disant “merci” (sachant que je représente les “aideurs”); donc on garde celui-ci.
@Eddy
Je ne veux pas prendre le risque de plagier Laurent-Weppe, mais en quelques mots, il FAUT l’aide et plus massivement encore. L’AF ne s’en sortira pas sans cela.
Par contre la seule objection c’est que l’aide ne sert pas à ses objectifs; elle est détournée. Et dans ce cas, on peut etre tenté de dire, qu’il faut SUSPENDRE l’aide, le temps que la gestion s’assainisse. Je dis SUSPENDRE. Et quand les démons de corruption et détournements seront domptés, on reprendra l’aide.
Je reviens sur ta mention relative à la richesse de l’AF; mais Eddy, de quelle richesse on parle en 2009? Je pense que tu conviendras avec moi qu’on a épuisé et gaspillé et détourné notre pétrole; on est passé un temps d’une agriculture vivrière à une agro industrielle, mais on se rend vite compte que les besoins d’aujourd’hui sont plus importants que l’offre possible, en tout cas ca ne peut plus être comptabilisé comme une richesse; peut-on reprendre la culture du cacao, café, etc. avec la population et le marché mondial qui nous impose ses cours?
Bref, à moins d’être moins consommateurs de produits finis, mais plutot encourager une industrialisation forte y compris dans l’agro-alimentaire, je ne vois pas comment on peut tirer profit de la terre. Et si on s’y lance, on aura encore bien plus besoin de moyens.
Je veux te concéder un truc et c’est un pari: si on s’assainit, le peu de richesses/productions que l’on a peut se régénerer à profit. Mais les économies de bouts de ficelles… euh… comment dire? On n’a pas le temps, Eddy. Regarde comment le plan Marshall est venu secourir l’EUR déjà riche pourtant. Une aide massive et immédiate, et en quelques années hop! comme si de rien n’était.
Je fais une autre concession complètement gratuite: SI après les indépendances, on avait bien géré nos biens, sans avoir même à recourir à l’aide, et en nous developpant à notre rythme, on serait aujourd’hui au niveau des fichus dragons que tout le monde admire. Mais ca n’a pas été le cas, Eddy. Il faut bien s’en rendre compte.
Dis-moi, comment veux-tu financer aujourd’hui des projets routiers, les grands travaux, avec des caisses vides et percées? Et il faut perfuser le système éducatif, à grand renfort de CFA.
En tout cas, lisez le livre, après vous nous dites. Moi, ce que je dis: Ne pas aider l’AF parce qu’ils y a des détournements et oligarchie, etc. je suis d’accord. Mais ne pas aider l’AF parce que l’AF n’a pas besoin, eh bien je crois qu’il y a erreur d’analyse.
A ce sujet, le billet d’Oumar sur Maneno.
http://konngolafirik.maneno.org/fra/articles/hbu1250679959/
Je viens de réceptionner “Dead aid” de Dambisa Moyo. Je suis en train de le lire, et je pourrais vous dire sous peu et en connaissance de cause, ce que je pense de ses alternatives à l’aide.
J’ai lu ci et là qu’elle propose d’ouvrir notre marché aux investisseurs étrangers. Ce à quoi je réponds: “hell no! No! No! No again.” Quand on voit ce que les vulture funds (fonds vautour) font, comment peut-on sortir pareille idée?
Au contraire il faut fortementer réglementer notre marché, et définir très exactement chaque cent étranger qui y est investit.
Mais d’ores et déjà, comme je l’ai dit, je le redit: l’Afrique n’a pas besoin d’aide pour se développer.
@Kans,
nos ressources ont peut-être été pillées et très mal exploitées jusqu’ici, mais elles sont loin, très loin, d’être terminées.
Et pour les infrastructures auxquelles tu fais allusion, nous sommes en mesure de réunir les fonds sans avoir besoin de mendier l’aide:
- la diaspora (ce que les africains à l’étranger transfèrent comme fond est supérieur à ce que l’Afrique recoit comme “aide”)
- l’auto-financement (un troncon de route par ex. peut contribuer à financer un autre troncon par le biais du péage)
- les impôts locaux (pour prendre le cas du Cameroun, rien que la redevance audiovisuelle nous rapporte des millions d’euro par an. Et je ne te parle même pas du port de Douala)
Une chose est sûre : un stopp immédiat de l’aide ne sera pas remarqué par la masse des Africains. Car ils n’en remarquent rien ! L’aide actuelle ne finissent que dans les poches des politiciens corrumpus et dans les poches des…donneurs. En plus, ces donneurs fixent les cibles de l’aide et l’utilisent, en fin de fond, pour leur influence politique et pour piller les ressources naturelles. Cette “aide” ne sert à rien !
@ Kans,
Le plan Marshall n’était pas vraiment une “aide”. Mais, après la deuxième guerre mondiale, les USA se sont rendus compte qu’une Europe à bas ne leur sert à rien. Car les USA avaient besoin des marchés pour vendre leurs produits. Donc, ils ont investit massivement en Europe. Et, par fois, ils ont même expliqué comment ca marche le capitalisme. Par exemple, en Allemagne, pays qui ne connaissait pas le capitalisme et qui était très favorable à une sorte de socialisme, ils ont fait montrer des petits films dans les cinémas pour expliquer comment ca marche le capitalisme. C’est vrai ! Et vu le fait que l’Allemagne est devenu un allié proche aux Américains, c’était très efficace ! Dans les années 50 et 60, les succursals amércains ont poussé comme des chamignons en Allemagne. Ca nous apprend quoi pour l’Afrique ?
@Etum,
Le fait que la Chine s’implique en Afrique aurait un bon effet : déshormais, l’Afrique peut choisir ses partenaires, ses investisseurs et, normalement, l’Afrique peut dicter ces conditions. C’est un grand avantage. Hélas, jusqu’à présent, peu de responsables africains ont fait ainsi. Ce qui fait que, des fois, la Chine peut se comporter comme un colonisateur.
J’attend ton billet sur le livre de Madame Moyo. En tout cas, elle l’a rédigé avant la crise actuelle. J’imagine que maintenant elle l’ecrirait différemment…
La lionne
La Lionne, en digne fils de popol que je suis, je dirais qu’il y a aide et aide. Il y a nuance. Quelque soit la forme que cet intervention aura, c’est une aide, et le plan Marshall mérite bien ce nom là aussi. Remboursable ou pas, calculée (forcement) ou pas, interessée (forcément) ou pas, c’est une aide.
Le seul vice que je note dans ton propos, et c’est ce que Moyo soulevait aussi, c’est la proportion de l’aide qui est réellement efficace. Je mets déjà de coté les détournements de l’aide. Si une trop grande poportion se trouve absorbée en frais de fonctionnement (voitures, personnel, etc.) c’est que c’est simplement mal fait; et malheureusement, ca semble souvent être le cas. Si par contre, en contrepartie, les USA doivent envahir et tisser eux-meme le tissu industriel du CmR en créant des emplois, et la richesse (meme s’ils prennent aussi et d’abord leur part sur ça), j’ouvre et je maintiens la porte ouverte. Et à ce titre, la Moyo, soit elle vient de Mars ou plutot de Venus, soit elle sort d’un coma profond, parce que la chine n’est pas notre amie.
Eddy,
Tu sais, j’ai parmi mes bouquins, notre livre de géographie du CM1-CM2, dont tu dois te souvenir. En supposant que ce livre hautement élogieux ait fait une juste estimation des richesses du CMR très prospère de l’époque et les perspectives qui allaient bon train. En supposant que les géologues de TOTAL, SHELL, Schlumberger, etc. Aient bien fait leur boulot de sondage du sol camerounais. JE suis bien curieux de savoir quelles richesses tu comptabilises encore, toi. Meme l’agriculture intensive, on ne peut plus la faire n’importement. Because, la population d’une part, le climat défavorable (ca c’est mondial), etc.
Mais qu’est-ce que je lis? Tu veux nous substituer à l’Etat? En tout cas, nos besoins sont trop important pour qu’un quelconque plan fiscal suffise à les financer. A moins de vouloir etrangler la population…
@Kans,
citation “Si par contre, en contrepartie, les USA doivent envahir et tisser eux-meme le tissu industriel du CmR (..) j’ouvre et je maintiens la porte ouverte.” (fin de citation).
Les bras m’en tombent. Que peut-on répondre à cela?
Tu crois vraiment que c’est quelqu’un d’autre qui viendra développer les choses à notre place?
citation: “Mais qu’est-ce que je lis? Tu veux nous substituer à l’Etat?” (fin de citation)
Mais l’Etat c’est qui? L’Etat c’est toi, c’est moi, c’est nous.
Wèkèè Eddy, pourquoi tu es dur avec moi comme ca? Nessa j’essayais seulement de décrire à La Lionne que si un truc comme le plan Marshall doit se passer, meme si on appelle ca aide ou un autre mot, alors je suis pour.
Puisque de toute facon ca ne peut pas être du philanthropisme…
S’agissant de l’Etat, je ne rêve pas. LEs individus, meme en sommant leurs efforts diaspora incluse, ne PEUVENT PAS, soutenir un plan de developpement. En digne fils de popol, une fois encore, je dis qu’on a besoin de “dons remboursables”, bref de l’aide quoi, marshallisée ou pas.
Voilà ce que j’essayais de dire.
@Kans,
ok c’est pigé.
@ Kans,
je suis d’accord avec toi que le Plan Marshall était très efficace. Mais là, tu peux bien voir que c’est pas toujours une question de somme attribuée. Car l’Allemagne n’a pas recu la plus grande somme. Or, en Allemagne, grâce au Plan Marshall, l’économie a super bien démarré dans les année 1950/60. Donc, la question n’est pas comment on recoit, mais comment on l’utilise.
Ce que je veux dire (et je me suis certainement mal exprimée) : L’aide actuelle ne sert à rien. Au contraire, cette aide bloque les investissements et ensuite l’économie des Pays concerné. Ce qu’il faut, ce sont des investissements. Pour les investisseurs locals, on a besoin des crédits. Et les autres, on verra. Un certain Etum (vous les connaissez ? Il n’est pas sot celui-là ! LOL) a dit un jour que l’on préfère créer des ONGs au lieu de créer des entreprises. Il a raison, notre Etum national !
Mais le vrai problème sont tous ces contrats concernant les mines : on donne le droit d’exploiter les mines à 20, 30 ans ou à vie. Et tout ca pour des perles en verre, pour le dire ainsi ! Et c’est bien égal si ces exploiteurs sont des Chinois ou des Occidentaux. Cette pratique est criminelle. Vraiment criminelle. Et il faut maintenant dicter des nouvelles conditions. Maintenant ! Sinon, c’est trop tard. Regarde ce qui se passe au Niger avec l’uranium !
Bref, oui aux investissements, non aux privatisations de l’eau et la terre !
La lionne
Voici la citation :
Cmt voulez vs arretez l’aide en Afrique qd tt le monde créé des ONG au lieu de créer des entreprises? (Etum)
La lionne
Oui La Lionne, on est d’accord. Le plus important, c’est l’investissement.
Petite remarque en passant, l’ALL, on peut dire que l’interdiction d’avoir une armée lui a fait du bien, non? Pas de gros budgets engloutis dans un secteur aussi couteux qu’inutile, soit disant “à but dissuasif”. Du coup, les efforts ont été concentrés ailleurs, avec le succès qu’on voit tous auj. Le JAP aussi curieusement…
En tout cas, nous on a les FOUGA MAGISTER, yeah!!!
@ Kans,
L’Allemagne a une armée et est membre de l’OTAN. Mais pas d’ambitions de faire la guerre. Déjà, avec ses quelques troupes de “reconstruction” en Afghanistan, ca provoque un déaccord auprès de la population. En plus, il y avait des soldats morts. Les Allemands ne veulent plus : ca coute cher et ca ne sert à rien puisque les talibans vont de plus en plus mieux. Par contre, les Allemands sont parmis les plus grands producteurs d’armes. Tous les minutes, un être humain meurt “grâce” à une arme de Heckler&Koch ! En Afrique, ce sont les armes les plus utilisés. Horreur ! Honte à l’Allemagne ! Si moi, je parle d’investissements, j’exclue tout ce secteur d’armes. Make love, not war !
Concernant l’économie africaine, il y aura encore beaucoup à dire. J’attends le billet d’Etum là dessus.
La lionne
J’interviens un peu tardivement dans ce débat, pour dire ma surprise, et poser une question qui vous paraîtra peut-être un peu naïve. Il nous faut une langue commune, une unité linguistique, dites-vous. Mais quid du français, et de l’anglais? Ne sont-ce pas déjà des langues communes à des millions d’Africains? C’est les langues des colons, me direz-vous. Certes, mais c’est des langues que nous avons déjà en commun. Comment est-ce que le swahili que nous aurions en commun dans 100 ans de ça nous permettra de réaliser ce que nous ne pouvons pas aujourd’hui. J’ai du mal à me le représenter.
Non seulement l’intérêt d’une langue commune qui ne soit pas le français ou l’anglais ne me parait pas du tout clair, mais je trouve l’idée dangereuse, et à contre-courant de l’évolution de notre monde.
Il faut savoir que nul part dans ce monde, un être humain a accepté de son plein gré qu’un autre vienne lui imposer une autre langue. C’est un processus très long et très compliqué, et surtout qui reclame sa dose de sacrifices en vies humaines. Ca, c’est une constante jamais démentie (cf les exemples cités par philcoub plus haut). Supposons malgré tout que par un miracle comme le monde n’en a jamais connu, l’Afrique se retrouve avec une autre langue commune. Soit. Après, il faut alors se développer. Pour ça, on a besoin de connaissances, et de savoirs, et ils se trouvent que tout cela est disponible… en anglais et en français. Qu’est-ce qu’on fait? On traduit? Qui traduit? Comment on fait pour traduire et avancer en même temps? On continue à utiliser les anciennes langues pour ça? Et elle nous sert alors à quoi, notre belle langue commune?
Il faut se rendre à l’évidence. La bataille de la langue, nous l’avons perdue. Il n’y a plus rien à faire, sauf nous battre pour que nos langues ne disparaissent pas complètement, sachant que de toutes les façons, elles ne deviendront jamais des langues de premier plan. Cela n’est pas spécifique à l’Afrique, c’est déjà ce que font les bretons, les normands, les corses et les basques, à qui le français a été imposé comme à nous.
ouh laaaaa! Il y a de l’abdication dans l’air…
Si, il y a encore un truc à faire: gaspiller de l’énergie. une pure perte de temps.
En tout cas, je sors…
@Kans
Lol
Je te vois jubiler d’ici.
Pourtant, je crois bien que tu auras remarqué que j’ai marqué ma désapprobation, quoique “timidement”, lorsque le mot clé de ta réaction ci-dessus a été utilisé ailleurs il y a quelques temps.
Mon frère, nessa je fais seulement l’ironie avec un grand L
Parce que qd Eddy va tomber sur toi, tu vas regretter le jour où tu as eu l’idée de prendre ton clavier pour dire que “l’intérêt d’une langue commune qui ne soit pas le français ou l’anglais ne me parait pas du tout clair”.
J’approuve tout ce que tu as dit, man; on ne laissera pas la bande à Eddy nous entrainer dans les travaux de Sisyphe.
Kans,
lool. Ekie, esse j’ai dit quoi?
Etum,
mon commentaire d’hier où je tirais à boulets rouges sur Kans et Ti Aya a atterri dans tes spams. Si tu ne veux/peux pas aller fouiller dans les “salités” – lol – tu me dis, je le reposte. En esperant qu’il ne soit pas bloqué, parce que doublon.
@eddy repostes le please
Lool, sans jubiler? Il n’y a pas que lui qui jubile d’ailleurs. Toute une lignée de “civilisateurs” jubilent également et se font des “Give me 5! Mission accomplie”. Je crois que vous n’avez pas réalisé l’importance d’une langue. Ce qu’elle représente pour un peuple, une nation en devenir.
Je ne sais pas ce que l’avenir réserve à l’Afrique, mais j’espère de tout coeur que cette question de langue commune sera un jour, dans 10, 20, 50 ans à l’ordre du jour d’un referendum africain. Mon propre point de vue sur la question, les commentaires de philcoub ainsi que certaines lectures sur le net me donnent à penser que le camp des “pour” ne sera pas néant.
En fait, tous les opposants à un projet de langue commune africaine ont un argument et un seul: c’est utopique/irréalisable.
On a bien vu comment c’était possible de germaniser toute une région, puis quelque temps plus tard, de la francophoniser et/ou anglophoniser. De 1890 environ à 1920 environ, Togo et Kamerun étaient allemands. En 1950, même pas 30 ans plus tard, c’était maintenant le francais, l’anglais qu’on y parlait.
Mais pour une langue africaine vous me parlez d’utopie? Pleeease.
C’est pas une affaire de ne pas “pouvoir”, mais bel et bien ne pas “vouloir”. Si les africains le veulent, en 50 ans ils ont une langue commune de travail.
Citation: “Après, il faut alors se développer. Pour ça, on a besoin de connaissances, et de savoirs, et ils se trouvent que tout cela est disponible… en anglais et en français.” (fin de citation)
Ah oui, le fameux argument comme quoi les langues africaines ne seraient pas adaptables.
D’abord tu fais une erreur. Ce n’est pas le savoir ou la connaissance qui est disponible en francais ou en anglais, plutôt, il se “dispense” et se “véhicule” en cette langue. Le savoir, les concepts qui font le savoir sont abstraits et enseignables à tous, qu’ils comprennent le francais ou pas.
Je n’ai pas besoin de parler francais ou anglais pour comprendre le concept du cercle: “ensemble des points situés à équidistance d’un centre”.
Ensuite, tu n’es pas sans ignoré qu’il existe des localisations d’ubuntu et open office dans des langues africaines, notamment en swahili.
Dans son livre, Cheikh Anta Diop a traduit tous les concepts mathematiques, chimiques et physiques de base en wolof.
Les langues sont comme des chaussures. Plus tu les portes, mieux elles s’adaptent à ton pied. Moins tu les porte, plus elles te semblent rigide quand tu les chausses.
Bien sûr qu’il n’y aucun terme en pulaar pour désigner la fission nucléaire. Quand avons-nous eu besoin de manier le concept de fission nucléaire en pulaar?
“ordinateur”, “circuit intégré”, “transistor” sont également des termes inconnus dans la langue francaise jusqu’à une date récente. Mais la langue francaise, parce qu’elle est employée, les a créés ou adaptés aux nouvelles conditions et à l’avancée technique.
Et pour finir, je souhaiterais vous rapeller qu’il y’a une époque, il y’a quelques siècles de cela, où il fallait publier en arabe, sinon personne ne vous lisait.
Qu’ont fait les occidentaux? Eh bien ce savoir véhiculé en arabe, ils se le sont appropprié dans leur langue, ou bien?
À leur place vous auriez dit, non oo, on a l’arabe, on le garde.
Moi je parle la langue du colon, c’est plié pour moi, c’est vrai. Mais si je peux influer le futur africain, afin qu’il s’exprime non pas dans la cacophonie de langues coloniales, mais dans la symponie d’une langue africaine, eh bien je n’hesiterai pas une seule seconde.
Bravo a Elia pour toutes ces initiatives!
@Eddy
Je voudrais juste te faire remarquer que les chiffres qu’on utilise en français et en anglais proviennent de l’alphabet arabe. Ils ont su tirer la quintessence du savoir disponible en arable pour enrichir leur langue. En d’autres termes, ils ont traduit les écrits disponibles en leur langue.
En te replaçant dans le contexte, cette transition se fait à une époque où des gens ont des titres scientifiques du genre mathématicien-physicien-philosophe-biologiste-astrologue. Ce qui signifie que la quantité de savoir disponible est telle qu’un seul mec a le temps de faire le tour de 2, 3 ou 4 disciplines. Aujourd’hui pour analyser un poil, tu as besoin du savoir combiné de 3 scientifiques qui ont passé leurs vies à en étudier respectivement la racine, le milieu et la pointe. Et ils ne s’en sortiront pas sur certains points sans l’aide d’un chimiste. Tu ne peux plus envisager cette transition dans un contexte pareil.
Donc il ne s’agit pas de dire que les langues africaines ne peuvent pas être le support de disciplines scientifiques. Cheick Anta Diop a démontré que c’est possible. Il s’agit de dire que songer aujourd’hui à traduire tout le savoir disponible dans une nouvelle langue est pratiquement impossible.
D’un autre côté, ce que je dis n’est pas valable uniquement pour les langues africaines. Dans une moindre mesure, des langues comme le français et l’allemand par exemple, connaissent le mm pb face à l’anglais. Un scientifique français vivant en France ne peut pas atteindre un niveau dans sa discipline s’il ne parle pas anglais. Deux scientifiques allemand et français pour échanger, utilisent l’anglais et non l’une de leurs deux langues. Parce qu’à partir d’un certain niveau, le savoir n’est disponible qu’en anglais.
Déjà, un de mes profs en fac à ydé conseillait de ne pas préférer les livres en français, parce qu’il s’agit en général de “traduit-réduit”. Il avait raison.
Citation: “Il s’agit de dire que songer aujourd’hui à traduire tout le savoir disponible dans une nouvelle langue est pratiquement impossible.” (fin de citation)
C’est un avis que je ne partage pas du tout. Le savoir disponible, comme tu dis, se décline en disciplines. Quelle que soit la discipline que tu prends (mathematiques, physique, chimie, geographie), il y’a un noyeau d’enseignement, qui tient dans même pas 10 encyclopédies. En même pas 5 ans on a traduit les bêtises. Et c’est ca le plus important.
Tout ce qui vient après là, l’état d’avencement de la recherche dans ledit domaine, les publications et autres machins, bon ca déjà on est pas obligé de tout traduire, ensuite les chercheurs seront de toutes les facons bilingues.
C’est un travail fastidieux, je te l’accorde, mais en aucun cas impossible. En aucun cas.
Citation: (fin de citation)
Bon mais attends, ne poussons quand même pas mémé dans les orties. Quel pourcentage de la population dans un pays non anglophone donné a besoin de l’anglais dans sa vie de tous les jours? Cet exemple de l’allemand et du francais divérant en anglais, tu le dis toi même, c’est des scientifiques. Et donc, Tu abordes là un aspect très très (oui 2x) particulier de la question. Le cas des chercheurs (> bac +4). Et c’est un aspect trés marginal. Car quel pourcentage de la population font-t-il?
Les autres, la grande majorité de la population allemande, francaise, etc, vit sa vie, sans avoir besoin de savoir que l’anglais existe.
Je ne sais pas pourquoi vous paniquez à l’idée d’abandonner la langue du colon. Le savoir n’est pas lié à une langue précise. On peut le transposer dans notre propre contexte linguistique africain, et continuer de le développer.
@Eddy : avec enthousiasme, je rejoins ta bande et suis à 100% partisan du choix d’une langue commune. Il suffit d’une génération ou deux pour switcher d’une langue à l’autre.
En plus dis-leur que des concepts africains peuvent parfaitement enrichir la base de savoir universel disponible dans le monde.
Tous les concepts sont traduisibles; tout dépend de la qualité et des compétences des traducteurs. S’il faut inventer des mots ou des concepts, on le fera : les linguistes travailleront dessus.
@Ti Aya et Kans : on peut très bien parler l’anglais, le français ou le portugais en sus d’une ou plusieurs langues africaines. Je dirais même que l’Africain est pratiquement le seul individu amené par les circonstances à parler presque toujours plusieurs langues (celle(s) du colon, plus une ou deux en fonction de ses origines).
Avez-vous entendu parler de Claude Hagège, ce linguiste qui parle une 50aine de langues dont le Pulaar ? Si ce monsieur en trouve l’intérêt et trouve même absurde de ne parler qu’une seule langue pourquoi militer pour l’usage unique des langues importées qui ne véhiculent pas forcément certains concepts issues des langues nationales ?
@Eddy : lâche pas l’affaire!!!!
“Dans son livre, Cheikh Anta Diop a traduit tous les concepts mathematiques, chimiques et physiques de base en wolof.” (sic)
Eddy, je ne connais surement aussi bien CAD que toi, mais si c’est lui qui dit ca, ou qui présente des ouvrages ou il prétend l’avoir fait, avant de vérifier, je pars de l’a priori que c’est c’est vraiment prétentieux. Mais bon, peut-être il est LE génie que les Africains ne cessent de vanter et ressasser à toutes les occasions.
Sinon, pour revenir au projet de langue unique ou unifiée, le plus difficile n’est pas que ce soit utopique/irrealisable (sic), mais surtout utile de le faire. Par ailleurs dans ton analyse, tu balaies certaines difficultés avec une facilité déconcertante.
1. L’AF n’est pas un champ vierge, man. Si on fait un parallèle avec l’anglicisation des USA/CANADA, on voit des colonies importantes qui viennent im-po-ser la langue à des minorités (mises en minorités) indiennes et aux esclaves primo-arrivants. Une colonie de peuplement en bonne et due forme, pour ce nouveau monde. Et la force aidant, c’est passé comme une lettre à la poste.
La configuration de l’AF auj en est bien différente; aucun groupe statistiquement plus important (écrasant). Et bien sur l’imposition par la force est hors de propos. Bonjour les négociations interminables sur le choix de LA langue élue!
2. La science avance… et en anglais
TiAya a largement développé ce point. En 2009, ce n’est pas comme si on était en 1325. L’eau chaude a déjà été inventée, le feu aussi et le barbecue par la meme occasion. Donc, oui Eddy, on en est à parler de fission nucléaire.
Donc pour accrocher aux wagons, le volume de concepts qu’il nous faut importer est trop important, pour qu’on s’offre le luxe de conceptualiser, comme s’ils n’existaient pas.
Bref, cf. le comm’ de Ti Aya.
3. L’histoire témoigne
Regarde l’exemple de l’Amérique du Sud. La colonisation hispano-portugaise a laissé l’espagnol et le portuguais. POINT FINAL. Est-ce que ca a freiné leur développement, aussi bien culturel, scientifique, etc.
Ou bien, le fait justement que cette colonisation ait TROP BIEN réussi en sorte que TOUTE l’AmSud se soit hispanisée, fait que le bloc soit homogène… On devrait donc regretter que la colonisation n’ait pas plus réussi sur le sujet de l’imposition de l’anglais ou du francais… Que diable! Pourquoi les ALL ont perdu la 1ere guerre? On ne serait pas un pays bilingue fr-ang, mais germanophone entièrement.
4. Conserver la culture
Je sais que cet argument revient comme LA raison ultime de toute volonté de langue unique. Mais je crois sincèrement qu’on n’a pas besoin de tous parler le bambara pour que la 10è génération à venir sache un pan de notre histoire. Au contraire. L’unification de la langue servirait d’ailleurs seulement une culture au détriment des autres, moins de réussir tous les bilinguismes que ca suppose.
N’étant plus de la tradition orale, je crois qu’il suffit d’archiver dans la langue que l’on veut (anglais, francais, etc.) tout ce beau et genial patrimoine. Même l’UNECO nous y aidera.
CONCL: Je propose que, humblement on accepte la défaite dans la bataille de la langue. On adopte unimement l’anglais et on fait tout pour en assurer la maitrise par tout le monde. Et on avance. Y a pas de temps à perdre!
@Eddy
Quelle que soit la discipline que tu prends (mathematiques, physique, chimie, geographie), il y’a un noyeau d’enseignement, qui tient dans même pas 10 encyclopédies. En même pas 5 ans on a traduit les bêtises.
So, that’s the point. Le jour où tu te rendra compte combien ceci est loin d’être vrai, je parie que tu reviseras ta position.
Le savoir n’est pas lié à une langue précise.
Exact. Mais on le transmet dans une langue, celle dans laquelle est a été préalablement stockée.
@Kans
Humblement, tu as trouvé le mot qu’il faut. Je suis aussi d’accord avec toi, pour que nos futures générations apprennent de préférence l’anglais.
Ok. Mettons-nous donc à l’anglais.
Pardon @Eddy pas toi n’abdique pas
@Etum,
t’inquiete. Je les wait au referendum.
Citation: “Mais bon, peut-être il [Cheikh Anta Diop, note du citeur] est LE génie que les Africains ne cessent de vanter et ressasser à toutes les occasions.” (fin de citation)
Je sais que ca fait bon ton dans certains cercles branchés de faire passer Cheik Anta Diop pour un doux illuminé en se gaussant de ses ouvrages. Loin de moi l’idée de verser dans les jérémiades, but let me tell you something.
Voilà un mec qui est né et a grandi à une époque où tout (l’école, le curé, l’administration, etc) lui enseignait, à lui et à des générations entières d’africains qu’ils n’étaient rien d’autre que des êtres inférieurs qui n’avaient rien apporté à l’humanité. Cheikh a choisi de ne pas baisser l’échine mais au contraire, en usant de science, il s’est attelé à démontrer le non-fondé de cette théorie.
Dès la sortie de ses thèses, personne n’a daigné le retrouver sur le terrain scientifique, et combattre ses arguments par des contre-arguments scientifiques. Au lieu de cela, on lui cherchait des phsycho-traumatismes et des projections obessionnelles pour expliquer son travail. C’était le chien pestiféré qu’il ne fallait surtout pas suivre, au risque de subir l’ire de l’establishment universitaire (francais).
Il n’y a pas beaucoup qui ont eu ou qui aurait eu ce courage. Alors souffre qu’on le vénère pour cela et qu’on le ressasse à toutes les occasions.