Elle est espagnole vit à San Francisco, parcourt l’Afrique et est co-fondatrice de Maneno. Elia Varela Serra est notre invitée cette semaine
Les langues africaines sur le web
En Afrique Subsaharienne il y a plus de 2.000 langues, mais malheureusement la plupart n’ont presque pas de présence sur internet. Les experts disent que la globalisation d’internet et les réseaux sociaux favorisent la participation citoyenne et renforcent la société civile, qui est essentielle pour une démocratie en bonne santé. Mais c’est clair qu’il y a une fracture numérique qui, avec la domination de langues comme l’anglais sur le web, devient de plus en plus profonde. C’est pour cela qu’il faut plus de diversité linguistique pour au moins combler la fracture linguistique sur internet. Les nouveaux médias citoyens donnent des outils pour favoriser la participation, mais il y a un danger d’isolement linguistique.
À cause de leur petite présence sur internet, les langues africaines n’ont presque pas de dictionnaires en ligne, des logiciels ou des claviers qui supportent tout le jeu de caractères de beaucoup de langues, etc. Ou c’est peut-être à cause de ces manques que leur présence est si infime… Heureusement il y a des projets comme Kasahorow ou Kamusi qui ont quelques outils comme des claviers ou dictionnaires pour faciliter l’utilisation des langues africaines sur le web.
Mais il y a encore un long chemin à parcourir, puisqu’en plus des défis techniques souvent il y a aussi un complexe d’infériorité par rapport à l’anglais ou le français de la part des usagers et développeurs africains.
Maneno
Maneno est un mot en swahili qui veut dire ‘mots’, et c’est aussi le nom d’une nouvelle plateforme de blogs africains née il y a presqu’un an. Le projet est né avec la volonté d’être utile pour les blogueurs en Afrique avec des connections internet à faible bande passante. Et aussi qui avait la volonté d’être vraiment multilingue, c’est à dire disponible en un maximum de langues africaines et avec une facilité pour traduire chaque billet. On n’a pas trouvé d’autres plateformes avec ces caractéristiques. L’objectif de Maneno est simple: faciliter la participation citoyenne sur le web de blogueurs de toute origine.
Pour l’instant on est 4 personnes dans l’équipe de Maneno, une kényane, un sud-africain, un américain et moi-même espagnole. Mais on va bientôt annoncer de nouveaux membres puisque depuis la création du projet on a voulu avoir une majorité africaine. Et nous espérons donc avoir bientôt plus d’africains francophones dans l’équipe!
Barcamp Africa
Un barcamp est un format de conférence ouverte et spontanée où tous les participants sont des égaux, et qui typiquement parle de choses qui ont à voir avec internet ou la technologie. Le premier barcamp a eu lieu en 2005 dans la Silicon Valley et le modèle c’est rapidement répandu un peu partout dans le monde, y compris l’Afrique en 2008. En octobre 2008 un barcamp a été organisé dans la Silicon Valley, chez Google, pour parler de développement technologique en Afrique, puisqu’il y a beaucoup d’intérêt pour l’innovation en Afrique de la part des États Unis en général et de la Silicon Valley en particulier. Au vu du succès, un site barcampafrica.com a été crée pour servir comme point de rencontre et d’échanges d’idées pour les organisateurs de barcamp partout en Afrique. Depuis quelques mois le site est hébergé sur Maneno et nous en sommes très fiers.
Make Faire Africa
Maker Faire est une foire crée par Make Magazine pour célébrer les métiers artisanaux, le bricolage et les projets scientifiques et d’ingénierie. Le premier a eu lieu en 2006 dans la Silicon Valley (encore!), et tout de suite il y en a eu d’autres dans tous les États Unis. Puisqu’en Afrique il ya beaucoup d’ingéniosité et de créateurs artisanaux, il paraissait logique d’organiser une foire Maker Faire aussi en Afrique. Grâce à l’initiative de gens comme Emeka Okafor (qui travaille pour les archi-populaires conférences TED et blogue sur Timbuktu Chronicles, Nii Simmonds qui blogue sur Nubian Cheetah et Erik Hersman qui blogue sur White African, la première Maker Faire Africa a eu lieu à Accra, Ghana le weekend dernier (du 14 au 16 août) avec un grand succès.
Maneno y a été présent et on a même compilé des liens de plusieurs sources qui ont couvert l’événement sur une page spéciale (malheureusement tous en anglais!).
Développement de l’Afrique
À mon avis, le développement de l’Afrique dépend uniquement des africains. Il y assez de talent, bonnes idées, initiative, etc. en Afrique pour ne pas avoir à dépendre de l’aide étrangère comme jusqu’à maintenant. Il y a des ONG qui font du bon travail, mais l’économiste zambienne Dambisa Moyo a raison quand elle dit que ce dont l’Afrique a besoin c’est le business, des investissements, au lieu de la charité et le paternalisme puisque c’est un modèle qui favorise la dépendance et la corruption et non le développement.
San Francisco
Au cœur de la Silicon Valley, c’est une ville très belle entourée par l’océan et avec beaucoup d’artistes et de passionnés d’internet. Presque tous les jours il y a des événements Tech ou des rencontres intéressantes avec des entrepreneurs web. Mais trop souvent j’ai l’impression que le Silicon Valley ignore ce qui se passe dans le reste du monde et souffre un peu de nombrilisme (à niveau linguistiques, par exemple). Donc il faut les faire descendre de temps en temps de leur petit nuage.
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Citation: puisqu’en plus des défis techniques souvent il y a aussi un complexe d’infériorité par rapport à l’anglais ou le français de la part des usagers et développeurs africains. (fin de citation)
There you go..
Ce que j’ai constaté à mon petit niveau, les africains en general ne peuvent pas s’imaginer qu’une langue africaine joue le rôle d’une langue coloniale comme le francais, l’espagnol ou l’anglais.
Oui, je crois qu’on peut effectivement parler de “complexe d’infériorité”.
Citation: mais l’économiste zambienne Dambisa Moyo a raison quand elle dit que ce dont l’Afrique a besoin c’est le business, des investissements, au lieu de la charité et le paternalisme puisque c’est un modèle qui favorise la dépendance et la corruption et non le développement. (fin de citation)
Tu m’étonnes !!
Et j’ai bien envie de leur botter le derrière, aux Bono & Co, parce que si ca ne dépendait que d’eux, on resterait dans ce cycle diabolique de la dette 1000 ans encore.