Hugette Nganga est journaliste et comme tout bon journaliste qui se respecte elle écrit, mais pas seulement pour ses employeurs mais aussi pour elle et pour nous. Je viens ainsi de terminer “L’envers du décor” son premier roman. C’est l’histoire de Pulutsolo, un drame familial qui se déroule dans un pays qui tient à ses traditions, surtout lorsqu’elles profitent à certains. En fait ce pays c’est le Congo Brazzaville. Pulutsolo fille unique et orpheline est déshéritée par la famille de son père comme cela arrive très souvent en Afrique. Pourtant, là-bas, et tout le monde vous le dira, les enfants sont sacrés. Mais c’est un mensonge soigneusement entretenu.
Résignée, Pulutsolo décide de partir et d’affronter la vie à travers le plus vieux métier du monde mais sa rencontre inattendue avec un homme d’église va changer le cours de sa vie. Bien que la justice soit également un mythe dans ce pays, elle rêve d’en faire une réalité. Elle crée une association afin de régler leurs comptes aux escrocs sans scrupules qui déshéritent veuves et orphelins.
J’ai adoré ce livre que j’ai lu d’un trait à la fin on est passé par tous les sentiments. J’ai posé quelques questions questions à Hugette qui a bien voulu nous répondre bonne lecture.
1. Bonjour HNM, est ce que vous pouvez vous présenter?
Je suis Huguette Nganga Massanga, journaliste. Je suis née à Pointe-Noire en République du Congo (Brazzaville) où j’ai passé une bonne partie de ma vie et fait ma scolarité, avant de poursuivre mes études supérieures en Suisse où j’ai obtenu mon diplôme de journaliste. Je partage mes billets d’humeur sur un blog : www.heclosions.over-blog.com
2. Est ce que vous pouvez nous présenter votre livre?
« L’envers du décor » est mon premier roman paru aux Editions Edilivre à Paris, en 2008. Ce roman est une fiction s’inspirant de la réalité. La problématique évoquée est celle qui consiste à mettre la veuve et (ou) les orphelins hors de la maison familiale après les funérailles du mari ou du père. J’y raconte le drame qu’aura vécu Pulutsolo, l’héroïne du récit. Elle parle de son parcours malheureux après avoir perdu ses deux parents suite à un accident d’avion, alors qu’ils étaient sur la route de leurs vacances. J’y raconte les échanges musclés entre la nièce et la tante paternelle (Mama Elombé qui incarne les dames de fer qu’on retrouve dans certaines familles africaines). Echanges tellement durs, qu’ils pousseront cette jeune fille à abandonner la lutte afin de garder son héritage pour finalement se retrouver dans la rue. Ce roman est un outil de réflexion que je voulais ajouter au débat qui se fait déjà autour de ce problème. Au delà du rôle divertissant que joue un roman, celui-ci voudrait y ajouter la dimension utile. Les africains sont enviés grâce à ce côté chaleureux, convivial qu’on attribue à leur manière de vivre la famille. Or cette problématique fait de l’ombre à cette réputation.
On peut trouver « L’envers du décor » en librairie en France. S’il n’est pas disponible dans une librairie, il suffit de le commander (gratuitement)auprès du libraire. Il est aussi disponible en version papier (12 euros) et téléchargeable sur Internet (4.90 euros) en allant sur ce lien www.edilivre.com/doc/4734
3. En lisant ce dernier on sent une partie de vécu est ce une autobiographie déguisée?
Je prends cette question comme un compliment parce qu’elle me permet de constater que ce que j’ai écrit touche de manière réaliste le vécu des gens. Oui, c’est du vécu parce que je vois autour de moi de nombreux orphelins qui souffrent, des veuves meurtries qui subissent de plusieurs manières cette méchanceté, qui curieusement se développe dans nos familles avec notre complicité à tous. Je parle du Congo-Brazzaville, mais je sais que ce fléau touche de nombreux pays africains. Non, ce n’est pas une autobiographie déguisée, mes deux parents vivent encore. Mais peut-être une autobiographie prémonitoire, parce que je me demande si je serai à l’abri, le jour où mon père quittera ce monde.
4. Vous abordez un sujet passionnant pour ne pas dire biblique de la veuve et de l’orphelin comment jugez vous le droit de la famille en Afrique? La veuve et l’orphelin sont ils assez protégés?
Le côté biblique n’a pas été ma préoccupation. Même lorsque j’évoque la rencontre entre Pulutsolo et le jeune prêtre Sarlech, c’est juste pour marquer le fait que dans la vie il y a des rencontres humaines qui peuvent aider à tenir le coup. De telles rencontres peuvent se faire entre des personnes ayant eu des parcours diamétralement opposés. Faire rencontrer une prostituée et un prêtre était une manière de montrer le côté complexe, fortuit et magique des rencontres humaines.
Du point de vue du droit et dans les faits (lorsque les victimes tiennent le coup) oui la veuve et l’orphelin sont protégés. J’ai rencontré des magistrats, des avocats qui font de cette question leur priorité. Ce qui pose problème c’est le fait que de nombreuses personnes ne pensent pas à rédiger des actes notariés. Il faut déjà que les gens pensent à cela, c’est la base pour commencer des démarches légales lorsqu’on est confronté à ces problèmes d’héritage et de succession. Ce qui pose aussi problème c’est le poids des croyances concernant la sorcellerie. Ces croyances ancrées en nous, font que de nombreuses femmes et enfants abandonnent la lutte en cours de procédures ou ne commencent même pas ; alors qu’ils pourraient obtenir gain de cause. C’est à cause de la peur que de belles familles, des familles paternelles triomphent dans cette manoeuvre d’usurpation.
5. A quand le prochain roman ?
Très prochainement certainement! Il ne faut pas oublier que pour publier il faut suivre un processus qui peut être plus ou moins long. De plus, j’ai bien besoin de faire durer la promotion de « L’envers du décor » parce qu’il traite d’un sujet grave qui mérite qu’on fasse tous du bruit autour pour que ça change.
Pour commander www.edilivre.com/doc/4734
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A quand le livre dans les librairies d’Afrique (et du Cameroun), et combien de Cfa faudra-t-il débourser pour l’avoir?
Question subsidiaire à l’interview:”quel est public cible de ce roman? Les Africains conscients de ce type de réalités ou alors les occidentaux, friands d’histoires noires sur l’Afrique?